Ben L’Oncle Soul (Fr) + Imany (Fr)

lundi 7 mars 2011 - 20H30

Prod. Label LN

Ben L’Oncle Soul ne pouvait échapper à son destin. Avant même sa naissance, sa mère l’a bercé avec Otis Redding, puis biberonné à Aretha Franklin. Son enfance fut ainsi rythmée par Ray Charles, Sam Cooke, Donny Hattaway ou Marvin Gaye. Il ne s’en doutait pas encore, mais la discothèque maternelle connaissait déjà le nom de son futur employeur : Motown. Une évidence, au fond, tant le Tourangeau trempe depuis toujours dans le groove du label de Berry Gordy. Repéré par Motown France en 2008, après avoir posté sa musique sur Internet, Ben n’en finit plus depuis de rajouter des chapitres insensés à son rêve de gosse.

L’apprentissage de la scène s’est ainsi fait pied au plancher : après avoir intégré les bases du chant dans des formations de gospel, il devient Oncle Ben et plonge très vite dans le grand bain, en chantant en première partie des pointures de la soul contemporaine : Musiq Soulchild, Raphael Saadiq, ou India Arie, avec qui il finit sur scène. De quoi vous forger un caractère.
Passionné de Hip Hop et de rencontres, le natif de Tours collabore ensuite avec Hocus Pocus et Oxmo Puccino, mais aussi Beat Assaillant, avec qui il part en tournée et noue des liens solides. Après un titre commun sur le disque du MC Américain, Ben travaille avec le rappeur sur l’écriture des textes en anglais de son premier album, intitulé… Ben L’Oncle Soul.

Un changement de nom à son arrivée chez Motown, qui va motiver la sortie fin 2009 du EP Soulwash. Mis en boîte pour s’aérer la tête pendant l’enregistrement de l’album, ce maxi va répandre sa bonne humeur communicative grâce à une poignée de reprises aussi inspirées que décalées. Ben y revisite à sa façon les Spice Girls, Gnarls Barkley, ou Aqua. Sans oublier les White Stripes, dont la version Oncle Soul du « Seven Nation Army » va pousser la porte des radios de France et de Navarre, offrant à Ben une belle notoriété. Pas mal, pour un EP simplement envisagé comme une récréation !
Avec son second degré déjanté, ce disque ressemble beaucoup à son auteur. Parce qu’il n’est pas du genre prise de tête, l’ami Ben. Il serait même plutôt dynamiteur d’ambiance, refusant toujours de se prendre au sérieux. Sur scène, où les vannes fusent dans toutes les directions, sur les visuels de ses disques, et bien sûr dans sa musique, comme en atteste ce premier album éponyme. Une œuvre solaire, qui passe du rire aux larmes en un roulement de caisse claire. Un remède anti-morosité, enregistré au fond d’un garage en Belgique, dans un studio bourré d’équipement vintage et de copains motivés : le trompettiste, arrangeur, et réalisateur Guillaume Poncelet, et le compositeur Gabin Lesieur, également clavier sur les concerts.

Si la majorité des paroles se joue avec entrain du bonheur ordinaire et des relations de couple qui déraillent, d’autres préfèrent la pénombre de sujets plus profonds. L’alcoolisme sur « L’Ombre d’un Homme », blues incantatoire et désespéré, mais aussi l’appel à l’aide humanitaire avec « Partir », ou l’hommage à Rosa Parks sur le virevoltant « Ain’t off the back », furieusement Shaft, où Beat Assaillant fait une apparition explosive.

Conscient mais obstinément positif, Ben L’Oncle Soul offre surtout via sa musique une chaleur communicative, au diapason de sa belle imagerie 60’s. Le soleil des cuivres de Stax et les mélodies de la Motown farandolent sans temps mort dès les premiers morceaux. Avec en tête « Soulman », le tube de l’été 69 de Ben L’Oncle Soul ! Une sacrée carte de visite, qui passe sans embûche le test souvent mortel de la soul en version française, grâce à une interprétation flamboyante, comme on n’en avait plus vu depuis Nino Ferrer, portée par un texte canaille. Cette facilité à manier les mots et l’humour au fil des morceaux offre d’ailleurs une vraie modernité à tout ce beau mobilier rétro.
Le groove de Ben est indéniablement américain, dans le respect des standards du genre (« Elle me dit », ou « Demain j’arrête »), mais sans aucune envie de rester sage. Libre de ses mouvements, L’Oncle Soul revisite aussi le registre des crooners en nœud pap sur « Mon Amour », ou du reggae sauce Stevie Wonder sur « I don’t wanna waste » pour signer un premier disque luxuriant, une collection de standards des années 60 écrits en 2010. Quand on sait que le surnom de la Motown dans les années 60 était l’Usine à tubes, le doute n’est plus permis : Ben L’Oncle Soul ne pouvait vraiment pas échapper à son destin !

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