Soprano (Fr)

mercredi 1er décembre 2010 - 20H30

Prod. Notice France

On décrit fréquemment le second projet studio d’un artiste comme l’un des passages les plus difficiles d’une carrière. Le public l’attend comme une révélation, une confirmation, une surprise, une continuation... Pour l’artiste, déjà soumis aux angoisses de la création, il s’agit de prouver que l’aventure d’un premier disque n’est pas le fruit du hasard, d’assumer son évolution humaine et de la traduire artistiquement et bien souvent, de s’adapter à une nouvelle vie.
Pour passer « l’épreuve » du second album, Soprano a choisi de saisir cette pression nouvelle et ses propres questionnements à bras le corps pour y puiser toute son inspiration.
Le Marseillais a trouvé 14 réponses musicales imparables à autant de questions que l’on pourrait d’ailleurs regrouper en une seule : qui est Soprano en 2010 ?

Comme on dit, on fait la guerre pour préparer la paix. Et comme ’’Sopra’’ le dit : « La vie, c’est la guerre sur le dos d’une colombe » C’est l’histoire que raconte ce disque, l’histoire de Soprano et une histoire dans laquelle chacun se retrouve.
Avant même d’enregistrer la première note de son nouveau disque, le Marseillais en connaissait déjà le titre. Et c’est avec cette volonté d’aspirer à la paix, que Soprano a pensé, crée et écrit La Colombe. Pas de méprise cependant : il ne s’agit pas d’un disque pacifiste mais d’une oeuvre qui montre et transcende les tiraillements de son auteur, entre ses envies et sa réalité. Une démarche rare dans le rap français, où l’usage voudrait qu’un artiste empile les titres les uns après les autres, sans fil conducteur réel, jusqu’à ce qu’il décide en avoir réunis suffisamment pour nommer le tout « album ».

Aucun titre ne ressemble à un autre sur La Colombe, mais tous partagent la même idée. Et parmi les plus significatifs, on trouve La colombe et le corbeau qui ouvre l’album.
« Mon rap a une colombe à l’épaule droite et un corbeau à l’épaule gauche / un drapeau blanc à la main droite et une kalash à la main gauche ... » clame le rappeur d’origine comorienne sur une composition de Mej, entre cordes et piano hypnotique.
« Une colombe dans la plume et un corbeau dans le flow », Soprano nous entraîne dans un univers riche et varié mais toujours maîtrisé sur quatorze titres. Rap et chant, beats pour les dancefloors et compositions proches d’une certaine chanson urbaine, c’est tout cela que l’on découvre en suivant le chemin d’un rappeur qui prend des risques mais dont la maîtrise et l’expérience empêchent toute sortie de route.

En six albums (quatre avec son groupe Psy4 De La Rime et deux en solo donc), Soprano est parvenu à la fois à imposer un style original et à toucher le plus grand nombre d’auditeurs. Son premier album solo, Puisqu’il faut vivre, sorti en 2007, a été certifié platine (plus de 250.000 albums vendus) et a permis d’officialiser le statut de l’artiste parmi les rappeurs majeurs en France aux côtés des Diam’s ou Rohff par exemple. Le jeune Saïd, devenu Soprano, s’est révélé à la fin des années 90 avec son groupe notamment sur les projets de Sad Hill (DJ Kheops) ou de La Cosca (Akhenaton). La formation s’est imposée rapidement à Marseille puis sur la scène nationale (chaque album du groupe est certifié or) tandis que le style singulier de Soprano, entre rap et chant, ne tardait pas à faire des adeptes.
Les mixtapes solo de Sopra n’ont rapidement plus suffi. L’album solo était inévitable. Puisqu’il faut vivre est arrivé en 2007, dépassant bien vite le disque de platine et offrant quelques énormes tubes dont Moi J’ai pas, Halla Halla et le fameux A la bien.
Au delà de sa réussite commerciale, il est parvenu à définir un univers musical unique et une approche rare où puissance, technique et émotion s’équilibrent. Là où ses « collègues » (au sens non-marseillais du terme), se contentent d’une posture, il se livre et nous fait partager ses interrogations, celles de toute une génération. Soprano connaît la vie de rue, il connaît les quartiers mais n’en a jamais fait un argument publicitaire. C’est sans doute pour cela qu’ils sont si nombreux à s’être retrouvés dans Puisqu’il faut vivre.

C’est aussi pour cela que, trois ans plus tard, La colombe est un album si attendu. Où en est Soprano ? Comment a-t-il évolué ? Est-il toujours en phase avec la rue ? Avec son public ?
Même s’il apprécie son succès à sa juste valeur, en trois ans, la vie de Soprano a basculé. « Entre mon premier album solo à aujourd’hui, j’ai vécu parmi les années les plus mouvementées de toute ma vie. Tout m’est arrivé d’un coup. » Raconte-t-il. « Je me suis marié à la sortie de l’album. Ma vie a changé. On me reconnaissait dans la rue et pas seulement les jeunes mais aussi des pères et des mères de famille... Et puis j’ai eu des enfants. C’est un truc de fou. Et forcément, je me suis inquiété de mes nouvelles responsabilités. »
Des interrogations traduites en musique dans La Colombe sur des titres comme Sur la lune, avec sa composition synthétique atmosphérique signée Ghenay et la voix de Constantine Windaman (du groupe La Swija de la « famille » de rap de Soprano, Street Skillz).
Ce qu’on laisse à nos mômes, composé par Elio et Soprano est un titre délicat et inquiet qui fait la part belle au chant de Soprano qui a gagné en maîtrise, en présence et en émotion. Dans Je Serai là, il déclare son amour pour les femmes de sa vie, mère, fille, femme, sur un titre composé par l’efficace et versatile producteur Skalp qui a également composé Châteaux de sable, duo avec Awa Imani (déjà entendue sur Célébration de Maghreb United) qui aborde les difficiles relations de couple face aux épreuves de la vie.
Sur Je rêvais, Soprano cherche une lueur d’espoir. Il laisse sa voix volontairement robotisée et saturée se faire emporter par des nappes synthétiques de Mej. Comme le groupe Téléphone en son temps, le rappeur rêvait d’un autre monde et il songe même à changer le passé comme Hiro Nakamura (l’un des personnages de la série Heroes capable de voyager dans le temps) sur le poignant Hiro (composé par Skalp) mais constate, frustré, que l’on ne peut rien contre le temps qui défile.
Craintes, angoisses mais également émotion. Comment ne pas être touché par On a besoin de toi, une histoire de départ et de déchirement, composée par un Elio inspiré et portée par un somptueux refrain entonné Amadou et Mariam. Une collaboration qui tenait particulièrement à coeur à Soprano. Du duo, le Marseillais en a retenu sa simplicité : « Ils sont eux-mêmes dans la musique et m’ont appris que plus ta musique te ressemble, plus les gens l’aiment. »

Soprano est un artiste conscient, inquiet mais il est tout autant un amoureux de la performance rap, du divertissement et du titre imparable qui fait bouger la tête – ou les corps de la première à la dernière note. Ne nous étonnons pas alors d’entendre l’enflammé Crazy après La colombe et le corbeau. Composé par Elio, le titre vise clairement les dancefloors. Darwa lui, est un déchainement de rimes sur un beat furieux à nouveau composé par Skalp dont Soprano loue la versatilité et auquel il a confié cinq compositions et co-productions sur cet album réalisé par Mej.
Toujours dans la même veine dynamique, il se mesure à Red K du groupe Carpe Diem sur Starting Block, et en profite pour prouver qu’il n’a rien perdu de sa verve sur une composition cuivrée et enlevée du jeune compositeur Tommy Djibz, proche de Skalp.
C’est encore lui qui orchestre une autre compétition amicale de rimeurs avec A La Usain Bolt qui regroupe tous les Psy4 De La Rime, soit Alonzo et Vincenzo en plus de Soprano et Sya Styles. Un titre épique qui prouve que le groupe de Marseille a encore un joli futur devant lui.
Et ce n’est pas parce que Sopra se lâche dans des titres rap, plus enlevés aux sonorités électroniques qu’il ne leur donne pas de sens à l’image de Speed, qui évoque la pression du temps et la fugacité de chaque moment.
Et comme La colombe et le corbeau ouvrait, ce second album solo avec beaucoup de sens, Accroche-toi à mes ailes le clôture avec autant de signification. Soprano y rappe furieusement, chante avec émotion et nous embarque dans la composition de Houss qui rassemble les influences hip hop et pop revendiquées par le rappeur. Il y évoque ses peurs, ses notes d’espoir. Il y assume ses nouvelles responsabilités, accepte la pression et ses propres contradictions.

Au bout du compte, au bout de l’écoute, La colombe définit pleinement Soprano comme artiste, Saïd en tant qu’homme. Un artiste qui sait que sa dualité, ses interrogations artistiques font finalement sa force. Un homme qui sait que ses voeux de paix, intérieure ou non, ne se réaliseront qu’en luttant. Sans retenue, pour ne rien regretter. La colombe est un disque entier, total livré par un artiste désormais libéré.
Paix.

CE CONCERT AFFICHE COMPLET !!!

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